Un violon aux cordes en soie d’araignée

Achleon 6 mars 2012 0

violon Un violon aux cordes en soie daraignée sciences musique Japon

Un chercheur japonais a réussi à tisser des cordes de violon avec des soies produites par 300 araignées. Le son produit est «doux et profond», d’après l’inventeur.

Le professeur Shigeyoshi Osaki de l’université de médecine de Nara dans le sud du Japon n’est peut-être pas encore un très bon violoniste, mais c’est en tout cas un virtuose pour extraire les fils de toiles d’araignées et en faire des usages innovants.

Shigeyoshi Osaki Un violon aux cordes en soie daraignée sciences musique Japon Après plusieurs années d’expérimentation, et de nombreux échecs, il a fini par réussir à filer des fils assez homogènes et assez résistants pour en faire des cordes de violon. Une première qui ouvre la porte à d’autres utilisation des propriétés exceptionnelles des soies d’araignées.

D’après le chercheur, des analyses spectrales montrent que ces cordes ont un timbre «plus doux et plus profond» que les cordes traditionnelles naturelles ou métalliques.

Il a expliqué sa méthode de production dans une publication à paraître dans la revue Physical Review Letters, rapporte le site BBC News. Les soies d’araignées sont particulièrement recherchées pour leurs propriétés mécaniques exceptionnelles, à la fois très légères, souples et plus résistantes à la fracture (à diamètre équivalent) que les câbles en acier.

Mais tous les essais pour domestiquer les araignées de la même manière que les vers à soie ont échoué, et certains chercheurs se penchent sur la production d’improbables chimères génétiques, comme des chèvres génétiquement modifiées pour produire les protéines des toiles d’araignées dans leur lait.

Apprendre à communiquer avec les araignées

«Cela fait plus de 35 ans que je travaille sur les propriétés des fils d’araignées», explique au Figaro le professeur Shigeyoshi Osaki. La grande difficulté c’est de tirer les soies, car les araignées coupent souvent le fil quand on tire dessus. J’ai donc dû apprendre à communiquer avec elles, à comprendre les habitudes de chacune pour collecter de longs fils de toiles.»

Le journal Japan Times racontait en 2011 comment le chercheur réussit à inciter les arachnides à produire les fils en leur tapotant gentiment sur l’abdomen avec une brindille.

En 2006, il prouve la solidité de ses fibres en s’accrochant dans un hamac retenu par un petit bout de fils d’araignées de 13 cm de long, composé de 190.000 brins individuels. Grâce à la méthode qu’il a mis en place, et avec près de 300 araignées femelles de type Nephila maculata, le scientifique japonais a produit assez de soies pour tresser des cordes de violon.

«J’ai appris à jouer du violon»

Ses premiers essais il y a quelques années furent des échecs. «Les premières cordes que je préparais cassaient trop facilement», avoue-t-il. «Pour produire des fibres avec une forte résistance mécanique, j’ai alors pensé qu’il fallait que je comprenne comment fonctionne une corde de violon. J’ai donc appris à jouer de cet instrument.»

Cet apprentissage musical a porté ses fruits, et Shigeyoshi Osaki a trouvé une technique de tissage avec une torsion très contrôlée qui réduit presque totalement les espaces vides entre les fibres, et donne à l’assemblage une souplesse et une résistance bien supérieure à ce qu’il obtenait auparavant.

Autre avantage, ce tissage plus compact nécessite bien moins de brins que lors de sa petite démonstration en hamac il y a six ans. Il ne faut plus que 3000 à 5000 brins de soie individuels pour une corde de violon. Le scientifique affirme que ces cordes ont une tonalité nouvelles, qui intéressent grandement des violonistes professionnels européens qui veulent les essayer.

«Malheureusement», rapporte le Japan Times qui a assisté à une démonstration des nouvelles cordes de violon, «les talents musicaux du professeur Osaki ne sont pas à la hauteur de ses prouesses avec les araignées, et il est difficile de dire si son interprétation légèrement fausse d’une chanson traditionnelle japonaise peut prouver la supériorité de son violon sur un stradivarius à cordes traditionnelles.»

«Ma découverte pour le violon avec le tissage dense de fils d’araignée a des propriétés uniques, et il y aura donc bien d’autres applications possibles», promet le scientifique japonais.

Source: Cyrille Vanlerberghe pour LeFigaro.fr

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