Documentaire: Le Japon sous les décombres

Achleon 9 octobre 2011 1

Genbaku Dome 1945 Documentaire: Le Japon sous les décombres vidéo reportage documentaire deuxième guerre mondiale

Dans l’après-guerre, le Japon se reconstruit en même temps qu’il enterre les années de guerre sous une chape de silence…

En septembre 1945, le Japon est devant une tâche gigantesque : rapatrier six millions de civils et de militaires dispersés dans les anciens territoires occupés. Cela prendra plus de dix ans et l’émission de radio « Personnes manquantes » sera diffusée jusqu’en 1962. Les Japonais qui rentrent chez eux après de longues années d’absence découvrent un pays détruit, endeuillé et affamé. Quinze ans de guerre ont fait trois millions de morts. Tokyo et la plupart des villes ont été rasées par les bombes américaines. Le niveau de vie a baissé, parfois de moitié dans les campagnes. La malnutrition fait des ravages, le marché noir flambe, les sans-abri squattent les gares… En écoutant quelques-uns des rapatriés raconter ce qu’ils vécurent ces années-là, Serge Viallet montre l’après-guerre au Japon à travers les yeux des Japonais.

Champ de ruines et chape de silence

Shiro Shimoda est rentré chez lui en 1946, deux ans après que sa mort eut été annoncée à ses parents. Il se souvient qu’on lui conseilla de revenir de jour et non de nuit, afin de ne pas être pris pour un fantôme. Il est l’un des trois rapatriés que Serge Viallet fait parler dans le second volet de son documentaire, à côté de Shigeichi Nagano, à l’époque jeune reporter photographe. Leurs témoignages sobres et précieux sont mêlés à des images d’archives inédites, étonnantes : les villes dévastées, les ports et les gares décorés pour le retour des rapatriés… On imagine facilement le Japon après 1945 se lançant dans une modernisation éclair pour surmonter l’humiliation de la défaite. Or, Le Japon sous les décombres montre un pays détruit et hanté par des contradictions internes. L’occupant américain démocratise la vie politique et modernise les campagnes, mais fait aussi la chasse aux communistes et ne tolère pas que l’on s’intéresse à la bombe atomique. Le pays se reconstruit tout en se murant dans un silence de plomb, individuel et collectif, qui recouvre les atrocités de la guerre – aussi bien celles subies que celles infligées par les Japonais. Yoshiho Shinozuka, l’un des témoins du film, brisa ce silence et dénonça les crimes de son ancienne unité en Mandchourie, l’unité 731, qui testa des armes bactériologiques sur des prisonniers. Dans le Japon d’aujourd’hui, le même silence continue de peser.

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