Quel devenir pour les déchets post-catastrophe ?

Achleon 5 février 2012 0

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Auteur: Pauline Rey-Brahmi pour le site Novethic.fr

Alors que la menace nucléaire s’éloigne à Fukushima, la question de la gestion des déchets reste en suspens. Aux débris du tsunami vont maintenant s’ajouter ceux de la décontamination nucléaire. Incinération ou stockage, le gouvernement peine à trouver une solution satisfaisante au risque de propager la contamination dans tout le pays.

Le 26 décembre dernier, la fin officielle de l’accident de Fukushima était décrétée par le gouvernement japonais grâce à « l’arrêt à froid » des réacteurs*. Il envisage maintenant de mettre en place le plan de décontamination de la province de Fukushima et des alentours. Des déchets contaminés qui s’ajoutent à ceux du tsunami dont le sort n’est pas encore réglé. Car les derniers mois ont vu des « accidents » dans la gestion des premiers déchets de la catastrophe.

L’incinération, une voie critiquée

Au Japon, la principale voie d’élimination des déchets est l’incinération du fait de la place limitée existante dans le pays. Or dès le mois de mars, après l’accident, des déchets verts contaminés ont été incinérés dans des zones très éloignées de Fukushima dans des incinérateurs de déchets ménagers générant des cendres hautement radioactives (100 000 à 140 000 Bq/kg).

« Les cendres concentrent dans un ordre de grandeur de 10 fois la radioactivité des déchets incinérés », expliquait Robin des bois dans son rapport d’étape en septembre.

Par le biais de contrats d’échange de cendres entre provinces réalisés avant la catastrophe, celles-ci ont voyagé et ont été entreposées dans le nord du pays. En mai, l’ACRO (Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest) montrait des résultats d’analyse inquiétants dans les alentours d’un incinérateur de boues de stations d’épuration contaminées dans la baie de Tokyo. Fin août, 42 incinérateurs dans le pays dépassaient 8000 Bq/kg, seuil au-delà duquel les cendres radioactives ne peuvent plus être entreposées avec les déchets ménagers classiques.Enfin, début janvier, c’est la ville de Kashiwa dans la banlieue de Tokyo qui a dû arrêter son incinérateur à cause de l’accumulation des cendres radioactives supérieures à 8000 Bq/kg.

Pour Robin des Bois, « aucun protocole clair n’est mis en œuvre presqu’un an après la catastrophe. On observe une lente répartition de la radioactivité post-Fukushima sur l’ensemble du territoire, en tout cas dans la moitié nord de l’archipel ». Au nord du Japon, Robin des Bois a estimé qu’à fin octobre 70 000 tonnes de cendres radioactives avaient été produites.

La population, inquiète, refuse désormais que les déchets du tsunami – a priori non contaminés- soient incinérés ce qui risque de générer des retards dans le stockage. Selon les sources, la quantité des déchets du tsunami pourrait représenter entre 25 millions de tonnes selon le gouvernement et 80 millions selon les experts du Japan Research Institute. Pour rassurer ses habitants, la métropole de Tokyo qui prévoit d’éliminer 500 000 tonnes de déchets issus du tremblement de terre envisage de mettre en place des contrôles de radioactivité chaque semaine à la sortie de l’incinérateur et dans les cendres.

Mais la radioactivité issues des déchets se retrouve parfois déjà jusque dans les nouveaux bâtiments, construits après la catastrophe. Car au Japon (comme en France) les cendres incinérées sont souvent recyclées et incorporées dans le ciment et le béton.

Depuis la catastrophe, cette pratique se poursuit avec les cendres dont la teneur moyenne est inférieure à 8000 Bq/kg. « Il est prévu de renforcer la traçabilité du ciment contaminé et de le dédier à des usages non résidentiels mais les erreurs d’aiguillages pourront-elles toutes être évitées ? » s’interroge Robin des Bois.

Quant à certains matériaux contaminés directement par les rejets de la centrale, ils ont déjà été utilisés pour construire de nouveaux bâtiments. Des niveaux de radiation allant jusqu’à1,24 microsievert par heure (µSv/h) ont ainsi été relevés dans un immeuble de Nihonmatsu, une ville à 55 kilomètres de Fukushima a indiqué l’AFP. Le bâtiment, où vivaient 12 familles avait été construit avec du béton fabriqué à partir de gravier collecté en avril dans une carrière proche de la centrale accidentée. Le gouvernement japonais a ouvert une enquête le 16 janvier dernier : les habitants du bâtiment s’exposeraient en effet à un taux de radiation d’environ 10 millisieverts (mSv) par an, soit la moitié du niveau fixé par les autorités pour décréter une évacuation

A la recherche d’un lieu de stockage pour les déchets contaminés

Pour les déchets issus de la décontamination de Fukushima, c’est un autre problème : « Pour le moment, il n’est pas question que ces déchets soient incinérés » explique David Boilley de l’ACRO.

Mais c’est une autre quantité colossale de déchets qui risque d’être produite. La méthode, déjà employée pour décontaminer les cours d’école de Fukushima, consiste à racler la terre sur une profondeur de quelques centimètres et en forêt de ramasser tous les débris au sol. Et le gouvernement a annoncé qu’il prendrait en charge la décontamination de la province de Fukushima ainsi que de toutes les zones où la contamination dépasse 1mSv/an.

« Pour Fukushima, cela représente 29 millions de m3 de déchets et hors de la province cela représente 13 000 km2 à décontaminer » explique David Boilley.

Pourtant entre l’entreposage et l’incinération, il n’existe pas d’autres alternatives pour gérer cette quantité de déchets particulièrement importante.

« Il existe bien des recherches pour laver les boues avec de l’eau et utiliser des résines échangeuses d’ions pour les décontaminer mais pour l’instant cela reste expérimental. », ajoute David Boilley.

Le gouvernement aimerait donc entreposer les déchets dans le district de Futaba extrêmement contaminé puisqu’il s’agit de celui où se trouve la centrale. Mais les maires des 8 municipalités concernées demeurent sceptiques car ils espèrent un retour de la population un jour et ces déchets posent problème. En attendant de trouver un lieu et pour la décontamination en dehors de Fukushima, les municipalités devront gérer elle-même l’entreposage de leurs déchets. Alors que le début de la décontamination est prévu pour le printemps prochain par le gouvernement, la capacité de gestion de ces déchets supplémentaires demeure pour l’instant compromise.

*L’arrêt à froid est décrété quand la température des réacteurs passe sous la barre des 100°C.

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