Pékin a pris la grosse tête

Achleon 30 septembre 2010 0

La libération du capitaine chinois ne suffit pas à calmer les tensions avec la Chine. Le gouvernement chinois attend des excuses officielles. Une affaire qui complique l’avenir des relations entre les deux pays.

chine japon1 Pékin a pris la grosse tête tension géopolitique Chine L’affaire de la collision du chalutier chinois avec deux navires japonais qui a eu lieu le 7 septembre à proximité des îles Senkaku (Diaoyu en chinois) a connu un brusque dénouement le 24 septembre, avec la décision nippone de relâcher le capitaine du bateau, en détention depuis l’incident. Face aux diverses mesures de rétorsion prises par le gouvernement chinois, le Japon, tout en maintenant qu’il s’était « strictement conformé à la loi japonaise », a fini par opter pour la libération du marin afin d’éviter que les relations bilatérales ne se dégradent davantage.

Un incident similaire avait déjà eu lieu en 2004

Sept Chinois qui avaient débarqué illégalement sur les îles Senkaku avaient été arrêtés, mais ils avaient été extradés deux jours plus tard sans qu’aucune sanction pénale n’ait été prise à leur encontre. Le Premier ministre de l’époque, Junichiro Koizumi, avait effectué quant à lui des visites officielles au sanctuaire Yasukuni [où est honorée la mémoire des Japonais morts durant la Seconde Guerre mondiale, y compris des criminels de guerre], ce qui avait considérablement dégradé les relations sino-japonaises. Selon le député Yasuo Fukuda, qui occupait alors le poste de secrétaire général du Cabinet, « certains membres du gouvernement étaient pour des mesures plus intransigeantes, mais craignant que la communauté internationale ne se méprenne sur ses intentions, le Premier ministre avait demandé aux ministères de l’Intérieur et de la Justice de prendre leur décision en tenant compte de la situation dans son ensemble ». Comme en 2004, la libération du capitaine chinois a eu lieu en cours de procédure. Et à en juger par un commentaire du procureur de Naha, à Okinawa, soulignant l’importance de « prendre en considération l’avenir des relations sino-japonaises », il semble qu’aujourd’hui aussi il s’agisse d’une décision politique dictée par le Premier ministre.

Cependant, à la différence de 2004 où le problème avait été résolu rapidement, cette fois-ci la réaction chinoise a été extrêmement violente. Pour commencer, l’ambassadeur du Japon Uichiro Niwa a été convoqué avant l’aube, puis les échanges au niveau ministériel avec le Japon ont été suspendus. Les pourparlers sur l’exploitation conjointe de gisements de gaz naturel en mer de Chine méridionale ont été reportés, la visite à l’exposition de Shanghai d’un groupe de mille élèves japonais a été annulée, et pour finir, un embargo a été imposé sur les métaux rares à destination du Japon. Un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères japonais a sévèrement critiqué cette façon d’associer à l’arrestation du capitaine chinois des questions n’ayant rien à voir avec elle, en la traitant de « diplomatie brutale visant à imposer ses exigences de force ». Aujourd’hui on a du mal à croire qu’un dirigeant chinois comme Deng Xiaoping ait pu dire à propos des îles Senkaku : « On peut laisser la question en suspens pendant dix ans. Les gens de notre génération ne sont pas assez raisonnables. Ceux de la prochaine génération le seront sans doute davantage ».

Ces dernières années, le comportement arbitraire de la Chine vis-à-vis de l’étranger est un sujet qui revient souvent dans les discussions, et pas seulement en rapport avec les îles Senkaku. Les îles Spratley et les îles Paracel font l’objet de tensions avec les pays de l’Asie du Sud-Est. Lors du Forum de l’ASEAN, qui s’est tenu en juillet au Vietnam, tous les pays membres ont dénigré la Chine. Qui plus est, la flotte chinoise se déploie non seulement dans les eaux territoriales du Japon mais aussi en mer de Chine méridionale, ce qui crée des frictions avec la flotte américaine. Il est bien connu que, lors des conférences internationales, les représentants du gouvernement chinois s’étendent souvent longuement sur les positions de leur pays, même si elles n’ont rien à voir avec le sujet de la discussion. La diplomatie d’aujourd’hui consiste à organiser des entretiens au sommet, à se conformer aux règles de la communauté internationale et à rechercher un équilibre dans lequel tout le monde trouve son compte. Les sujets de discussion ne se limitent plus à des questions bilatérales mais incluent un nombre croissant de questions intéressant la planète tout entière tels que les problèmes environnementaux et les ressources énergétiques. Nous vivons dans une ère où une diplomatie ne visant que l’intérêt particulier n’a plus sa place. Si l’on en juge par sa réaction aux événements récents, on a du mal à penser que la Chine soit devenue une « grande puissance raisonnable », se conformant aux règles de la communauté internationale. Même si la libération du capitaine règle l’affaire du chalutier, il semble que les relations avec la Chine vont devenir encore plus difficiles, non seulement pour la communauté internationale, mais aussi pour le Japon avec lequel les liens de dépendance mutuelle vont se renforcer.

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