Naoto Kan, ex-homme providentiel, jette l’éponge

Achleon 27 août 2011 0

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Soumis à d’intenses pressions depuis des mois, le Premier ministre a fini par démissionner. Mais pourquoi celui qui était vu comme « l’homme du dernier espoir » a été poussé au départ ?

 

On voulait son départ, on l’a eu. Le Premier ministre Naoto Kan va quitter le pouvoir d’ici peu, après avoir été en fonctions pendant un an et deux mois, soit seulement 449 jours. Sa démission n’est une surprise pour personne, car il était soumis à d’intenses pressions venant non seulement de l’opposition (Parti libéral démocrate, PLD) mais aussi de son propre camp (Parti démocrate, PDJ). Il avait promis le 20 juin de céder sa place, à quelques conditions près. Il souhaitait en effet qu’une rallonge budgétaire soit votée par le Parlement pour financer la reconstruction des régions sinistrés, ainsi qu’une loi autorisant un emprunt national et enfin une loi encourageant les énergies renouvelables (qui oblige les grandes compagnie de racheter l’énergie solaire ou éolienne produite par les particuliers). La première loi a été votée dans le courant du mois de juillet, et les deux autres viennent d’être adoptées aujourd’hui. « Votez donc ces lois si vous ne voulez plus voir ma tête » disait le Premier ministre lors d’une session parlementaire, las des critiques.

Pour le quotidien économique Nihon Keizai Shimbun, la plus grande erreur de Naoto Kan était celle de n’avoir pas pu s’adapter à son rôle de Premier ministre et de s’être comporté « comme s’il faisait encore partie d’un mouvement citoyen ou de l’opposition [dont il est issu]« . Le PDJ, en remportant les élections sénatoriales de 2009, a réussi à accéder au pouvoir et à mettre fin au règne du PLD qui a duré près d’un demi-siècle. Mais trop habitué à critiquer le pouvoir en place, le Parti démocrate et ses deux représentants successifs (Yukio Hatoyama et Naoto Kan) n’ont pas su montrer de ‘leader ship’ faute d’expérience.

Naoto Kan et le Parti démocrate étaient déjà fragilisés avant le séisme et le tsunami du 11 mars. Au moment où la catastrophe est arrivée, Kan venait tout juste de reconnaître qu’il avait reçu de l’argent par une personne de nationalité non japonaise, or la loi nippone interdit tout financement politique venant d’étrangers, et le Ministre des Affaires étrangères, Seiji Maehara avait été contraint de démissionner. Il est bien évident que la mauvaise gestion de la crise nucléaire a été la principale cause de la démission de Kan et de son gouvernement, mais d’autres facteurs le poussaient déjà à partir avant la catastrophe.

Pourtant, comme l’indique l’Asahi Shimbun dans son éditorial, « il ne suffit pas de changer de tête pour que les problèmes s’arrangent« . En effet, la valse des Premiers ministres risque de compromettre la stabilité et la diplomatie de l’archipel, d’autant plus que, comme le remarque le journal, « aucun des candidats au poste ne montre clairement sa position sur des questions essentielles comme celle de la politique énergétique du pays« .

 

[box] Malgré les tergiversations, M. Kan avait défini sa position sur les trois points suivants :

- annuler tout projet de construction de nouvelle centrale nucléaire et viser une société qui ne dépendra plus de l’énergie atomique à l’avenir

- effetuer des contrôles de sûreté vigoureux avant tout redémarrage de réacteurs

- libéraliser le réseau électrique afin de rompre avec une organisation qui permet le monopole des compagnies électriques[/box]

 

« On attend que les candidats au poste de Premier ministre expriment leurs choix, s’ils comptent suivre la voie de M. Kan ou si au contraire, ils ne sont pas d’accord avec« , poursuit le journal. Alors que le ‘testament’ de Naoto Kan- la loi relative aux énergies renouvelables-vient d’être adopté, et que de plus en plus de Japonais réclament la sortie définitive du nucléaire, ni Seiji Maehara (favori des sondages) ni Yoshihiko Noda se déclare anti-nucléaire. « Leur préoccupation principale semble être l’unification du Parti, le reste n’arrive qu’au second plan« , reproche le plus grand quotidien nippon Yomiuri Shimbun.
Naoto Kan, à 64 ans, a été le cinquième Premier ministre japonais en cinq ans. Issu du mouvement citoyen et connu pour son franc parler, il était apparu comme ‘l’homme du dernier espoir’ comme l’indique le titre de l’article publié dans l’Asahi Shimbun au moment de ses prises de fonctions. Il ne reste plus qu’à espérer que les candidats à sa succession montreront rapidement leurs projets sur tous les problèmes auxquels fait face l’archipel. La politique japonaise pourrait prendre un nouveau départ à l’occasion de l’ élection du nouveau Premier ministre qui aura lieu lundi 29 août.

Ysana Takino pour le courrierinternational.com

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