Le ministère de l’éducation a mis en place un grand projet visant à attirer les étudiants étrangers qui ne parlent pas le japonais dans ses universités. Mais les observateurs émettent des réserves quant à son efficacité.
Selon la volonté du gouvernement, d’ici 2013, l’enseignement supérieur du Japon devrait connaître une modernisation d’envergure, à visée internationale.
Le projet, intitulé « Global 30″, prévoit en effet que d’ici là, 13 universités sélectionnées pour constituer le nouveau « pôle d’éducation international » du pays devront proposer 130 cursus totalement en anglais.
Parmi les universités en question, qui recevront chacune des enveloppe dédiées à ce projet d’un montant de 200 à 400 millions de yen (1,8 à 3,6 millions d’euros), se trouvent celles de Tokyo, de Waseda, Keio, Meiji et Nagoya.
Lancé l’année dernière, « Global 30″ participe à la réalisation d’un but fixé en 2008 par le premier ministre de l’époque, Yasuo Fukuda, d’attirer 300 000 élèves par an d’ici 2020.
Le projet devrait y contribuer, en attirant à lui seul pour cette date 50 000 étudiants, selon les estimations gouvernementales.
« C’est une grande chance, a déclaré Yoshihito Watanabe, vice président de l’université de Nagoya, au Japan Times. Nous devions nous internationaliser de toutes façons, même sans le lancement de Global 30. Mais avec les fonds du gouvernement, nous pourrons prendre des mesures actives ».
Pourtant, avant même sa mise en place totale, « Global 30″ a du plomb dans l’aile. En raison de la politique de rigueur menée par le Parti Démocrate au pouvoir, il a été amputé de 20% de son budget.
En conséquences, il ne sera pour l’instant plus destiné à trente universités, comme prévu initialement (d’où son nom), mais uniquement à treize.
Ce petit désagrément n’a pas empêché certains des établissements concernés de commencer à se préparer. Ainsi, l’université de Waseda compte déjà neufs cursus en anglais, et prévoit d’en ouvrir un de plus en 2011, et un autre en 2012.
Le secteur privé peu disposé à embaucher des étrangers
Mais des limites existent au projet, soulignées par différents observateurs.
« Certaines universités se demandent si les étudiants choisiront vraiment d’étudier dans un pays où l’anglais n’est pas la première langue », raconte M. Watanabe.
C’est pourquoi, à l’université de Meiji, la direction a décidé de séduire les étudiants potentiels en intégrant aux cursus des cours sur la culture japonaise moderne, les mangas, les jeux vidéos et autres composantes du « Cool Japan » que le gouvernement a récemment décidé de promouvoir à l’étranger.
Mais la critique principale repose sur le fait que si le Japon espère avec Global 30 améliorer le niveau de la recherche japonaise en embauchant les diplômés étrangers, cette partie du projet risque manifestement d’échouer.
Il semble en effet que le secteur privé japonais ne soit pas prêt à embaucher en masse des étrangers.
Selon un sondage effectué en 2007 auprès d’étudiants étrangers par l’Organisation de Service des Etudiants du Japon, alors que 60,3% d’entre eux ont déclaré vouloir trouver un emploi dans le pays, seuls un peu plus de 30% d’entre eux en ont effectivement trouvé un.
Or, selon le ministère du travail, dans le même temps, 96,3% des Japonais fraîchement diplômés trouvaient du travail.
« Les dirigeants des grosses sociétés disent qu’ils embaucheront des étrangers qui ne parlent pas japonais, du moment qu’il ont un haut niveau d’anglais et un excellent niveau académique. Mais en réalité, (…) quand l’un de ces étudiants postule, on lui répond qu’il devrait avoir obtenu au moins un niveau deux au Test d’aptitude en japonais », confirme Yoshihito Watanabe.
La réussite du projet Global 30 semble donc bien incertaine. Mais il permettra peut être au Japon de redorer l’image de ses universités à l’étranger. Dans le classement annuel des 200 meilleures universités du monde paru ce mois-ci, le Japon n’est plus cité que cinq fois, avec une seule université, celle de Tokyo, dans le top 50.
Source: Aujourd’hui le Japon













