Dites-moi quel est votre groupe sanguin, je vous dirai qui vous êtes… De nombreux Japonais croient dur comme fer que le sang des individus influe sur leur personnalité. Un véritable phénomène de société…
Exemple dans la cour de récréation d’une école de Gyoda, près de Tokyo. Des dizaines d’enfants s’y défoulent le plus naturellement du monde. Pourtant, un détail attire l’oeil : leurs casquettes. Vertes pour écoliers appartenant au groupe O, bleues pour le groupe A, roses pour le B, jaunes pour le AB !
Depuis une vingtaine d’années, madame Yoshida, la directrice, distingue ses ouailles ainsi, le temps d’une journée. « Il y a de plus en plus d’enfants uniques au Japon, explique la septuagénaire. En suivant ce principe, les grands peuvent s’occuper des plus petits. Les plus forts s’assagissent et les plus faibles prennent de l’assurance. »
Un cas extrême mais qui montre bien l’intérêt que portent les Japonais aux groupes sanguins. C’est le moyen de se différencier dans une population très homogène.
Les A nerveux,les O ambitieux
Dans le quartier jeune de Shinjuku, chacun a son avis sur la question. Hisafumi, venu se balader avec sa fiancée, souligne : « On dit que les gens de type A sont nerveux, et je le suis. On les dit aussi têtus. C’est mon cas. » Les membres du groupe A seraient plus sensibles, les B davantage créatifs et les AB plus sociables. Quant aux personnes du groupe O, on les dit ambitieuses.
C’est dans les relations amoureuses que la notion prend tout son sens. Kazuko Takayama, directrice d’une agence matrimoniale haut de gamme, reconnaît que certains de ses clients en font un préalable. Comme cette femme, désireuse de se marier, qui lui a demandé d’« éliminer tous les candidats B ». Un groupe sanguin avec lequel elle avait eu « trop de déboires ». « Pour elle, il symbolisait l’échec de ses relations précédentes ».
Cette passion japonaise fait aussi le bonheur des éditeurs. La maison Bungeisha a fait fortune en lançant quatre livres consacrés aux groupes sanguins. Près de cinq millions et demi d’exemplaires écoulés en quelques mois. Plus fort qu’Harry Potter dans sa version nippone ! Taku Kabeya, rédacteur en chef de la série, aime reprendre l’anecdote d’une femme qui voulait divorcer de son mari de groupe B. « Après avoir lu notre livre, elle s’est mise à le comprendre. Elle a renoncé au divorce et mène une vie plus heureuse… », conclut-il, persuadé d’y être pour quelque chose…
















